La viscose de bambou est une fibre cellulosique classée comme semi–synthétique ou artificielle. Dérivée de la cellulose extraite des plantes de bambou, elle est transformée à travers un processus chimique pour créer un tissu doux, fluide, et brillant. Ce textile est rapidement devenu populaire dans l’industrie textile moderne grâce à sa douceur, son faible coût, sa polyvalence et ses propriétés hypoallergéniques.
Cependant, malgré ses divers avantages, la production de viscose de bambou soulève des questions importantes sur le plan environnemental et éthique.

Sommaire
COMMENT ON FABRIQUE LA VISCOSE DE BAMBOU ?
La fabrication de la viscose de bambou est un processus complexe qui transforme la cellulose naturelle en un tissu souple et versatile. Pour vous permettre d’y voir plus clair, voici des détails sur les étapes d’une méthode générique d’extraction de cellulose. Ce procédé permet de décomposer les fibres végétales pour créer tout type de viscoses (les procédés sont très proches entre les différents types de viscoses) :
- Récolte du bambou : Tout commence par la récolte du bambou, une plante qui pousse et se régénère rapidement, ce qui la rend particulièrement intéressante pour une exploitation durable. Le bambou consomme peu d’eau, il produit des quantités d’oxygène supérieures à la moyenne des autres arbres. Il peut pousser jusqu’à un mètre par jour et ne nécessite ni engrais chimiques ni pesticides, ce qui en fait une source de cellulose relativement écologique. Attention tout de même, ces avantages peuvent dépendre des pratiques de gestion des cultures.
- Extraction de la cellulose : Une fois récolté, le bambou est traité pour en extraire la cellulose pure. Les tiges de bambou sont broyées et subissent un processus de cuisson sous haute pression et température en présence de produits chimiques, généralement une combinaison de soude caustique (hydroxyde de sodium) et d’autres solvants, pour briser les liens naturels et isoler la cellulose.
- Purification de la cellulose : La cellulose extraite est ensuite purifiée, souvent en utilisant une solution de sulfate de soude et d’acide citrique (il est possible d’utiliser d’autres solvants ou agents purificateurs) pour éliminer toutes les impuretés restantes. Cette étape est importante pour assurer la qualité de la fibre finale, elle a pour but d’enlever toutes les impuretés avant la transformation.
- Transformation en viscose : La cellulose purifiée est dissoute dans une solution de disulfure de carbone, formant ainsi une substance visqueuse appelée viscose. Ce processus est connu sous le nom de xanthogenation. Le disulfure de carbone agit en modifiant chimiquement la structure de la cellulose, la rendant soluble et apte à être filée en fibres. C’est souvent l’un des points les plus critiqués de la fabrication de viscose.
- Filage des fibres : La viscose est ensuite transformée en fibres. Elle est d’abord extrudée à travers de petites ouvertures dans un bain acide qui coagule la solution visqueuse et forme des filaments, qui sont alors solidifiés. Ce processus est similaire à celui utilisé pour la fabrication de filaments de soie artificielle (rayonne).
- Post-traitement : Les fibres de viscose sont ensuite lavées, étirées et parfois traitées avec d’autres produits chimiques pour améliorer leur résistance et leur élasticité. Après ces traitements, les fibres peuvent être filées en fils, puis tissées ou tricotées pour fabriquer divers types de textiles.

QUELLES SONT LES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DE LA VISCOSE DE BAMBOU ?
La fabrication, bien que bénéficiant de l’image durable du bambou, implique des processus industriels lourds qui peuvent être préjudiciables à l’environnement.
UNE POLLUTION CHIMIQUE QUI INQUIÈTE.
L’utilisation du disulfure de carbone dans la production de la viscose est l’une des principales préoccupations environnementales. Ce composé chimique est crucial pour dissoudre la cellulose et former la viscose, mais il est également toxique, inflammable et très volatil. La manipulation inadéquate du disulfure de carbone peut entraîner des émissions atmosphériques nocives, contribuant à la pollution de l’air et présentant des risques pour la santé des travailleurs. De plus, les résidus de ces produits chimiques peuvent se retrouver dans les eaux usées de l’usine, affectant la qualité de l’eau locale si les eaux ne sont pas correctement traitées avant leur rejet.
Un risque pour les forêts
Quand quelque chose fonctionne bien ou est demandé, c’est bien connu, il a des abus. Suite à une grosse demande et à une exposition commerciale de cette matière (moins coûteuse que des fibres naturelles), une culture intensive s’est développée. Les régions à climat tropicaux sont les principales productrices de bambou, on y retrouve la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Viétnam, la Thaïlande, le Brésil, la Colombie, l’Éthiopie, le Kenya… La production viscose de bambou est donc accusée de participer à la déforestation afin d’y implanter une monoculture de bambou. Cette monoculture qui induit de ne faire pousser qu’une seule espèce végétale dans une exploitation agricole, peut provoquer l’épuisement des sols, une diminution de la biodiversité et l’augmentation de la vulnérabilité aux maladies et aux parasites.
UNE COMSOMATION D'EAU ÉLEVÉE.
La transformation de la cellulose en viscose nécessite d’importantes quantités d’eau, non seulement pour le processus de xanthogenation mais aussi pour le lavage et le traitement des fibres produites. Cette forte demande en eau peut exercer une pression considérable sur les ressources hydriques locales, particulièrement dans les régions où l’eau est déjà un bien précieux. La gestion inefficace de l’eau dans la production de viscose peut conduire à la surexploitation des ressources en eau, affectant ainsi la disponibilité pour d’autres usages et pour les écosystèmes locaux.
COMMENT RECYCLE-T-ON LA VISCOSE DE BAMBOU ?
Le recyclage de la viscose de bambou, comme celui d’autres types de textiles, présente certains défis, mais il est possible et devient de plus en plus fréquent grâce aux innovations technologiques. Voici comment la viscose de bambou peut être recyclée.
- Collecte et tri des textiles :
La première étape du recyclage de la viscose de bambou commence par la collecte de textiles usagés. Ces textiles sont ensuite triés en fonction de leur composition et de leur couleur. Le tri est crucial car il détermine la qualité du matériau recyclé. Les textiles en viscose de bambou peuvent être mélangés avec d’autres fibres, ce qui peut compliquer leur recyclage. - Décomposition chimique :
Une fois triés, les textiles sont souvent décomposés chimiquement pour récupérer la cellulose de bambou. Les procédés comme la solvolyse, où les matériaux sont décomposés à l’aide de solvants chimiques, permettent de séparer la cellulose des autres composants chimiques et colorants. Ce processus peut aider à purifier la cellulose, qui peut alors être régénérée en nouvelles fibres de viscose. - Régénération des fibres :
Après la purification, la cellulose peut être transformée à nouveau en viscose par un processus similaire à celui utilisé pour sa fabrication initiale. Cela inclut la dissolution de la cellulose purifiée, sa transformation en une solution visqueuse et l’extrusion à travers de minuscules orifices pour former de nouvelles fibres. Ces fibres peuvent ensuite être filées en fils et tissées en nouveaux textiles. - Revalorisation en nouveaux produits :
Les fibres recyclées peuvent être utilisées pour créer de nouveaux textiles ou d’autres produits, contribuant ainsi à l’économie circulaire. Par exemple, elles peuvent être intégrées dans la fabrication de vêtements, d’accessoires ou même de produits non tissés, comme des matériaux d’isolation ou des filtres.
- Collecte et tri des textiles :
Défis du recyclage de la viscose de bambou
- Présence de mélanges de fibres : Beaucoup de textiles sont fabriqués à partir de mélanges de fibres, ce qui peut compliquer le recyclage, car les différentes fibres doivent être séparées efficacement.
- Contaminants et additifs : Les produits chimiques, colorants, et finitions appliqués aux textiles peuvent interférer avec le recyclage et nécessitent des procédures de traitement spécifiques.
- Coût et efficacité : Les technologies de recyclage peuvent être coûteuses et énergivores, ce qui pose des défis en termes de viabilité économique et d’impact environnemental.

QUELLES SONT LES IMPACTS SOCIAUX DE LA VISCOSE ?
La production de viscose de bambou, bien qu’elle offre des opportunités économiques, présente aussi des défis sociaux considérables, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, la santé des travailleurs, et les impacts sur les communautés locales.
Conditions de travail dans les usines
La fabrication de la viscose implique souvent l’utilisation de produits chimiques dangereux, tels que le disulfure de carbone. Les travailleurs dans les usines de production de viscose peuvent être exposés à ces substances toxiques, ce qui peut entraîner des problèmes de santé graves s’ils ne sont pas protégés adéquatement. De plus, dans certains pays, les conditions de travail peuvent être précaires avec des salaires bas, de longues heures de travail, et peu de protections sociales, ce qui soulève des questions éthiques importantes sur le bien-être des employés.
Santé et sécurité
L’exposition à long terme aux produits chimiques utilisés dans la production de la viscose peut entraîner divers problèmes de santé, tels que des troubles respiratoires, des lésions cutanées et d’autres maladies graves. La sécurité sur le lieu de travail est une préoccupation majeure, et les usines qui négligent les mesures de sécurité adéquates mettent en danger la santé de leurs employés. Les travailleurs doivent être formés et équipés correctement pour manipuler les substances dangereuses et éviter les risques d’exposition.
Impact sur les communautés locales
Les usines de production de viscose sont souvent situées dans des régions où les réglementations environnementales peuvent être moins strictes, ce qui peut entraîner une pollution de l’eau et de l’air affectant les communautés locales. Cette pollution peut avoir des effets délétères sur la santé des personnes vivant à proximité des sites de production. De plus, l’utilisation intensive de l’eau pour la production de viscose peut compromettre l’accès à cette ressource vitale pour les habitants locaux, affectant leur agriculture, leur approvisionnement en eau potable et leurs activités quotidiennes.
Développement économique
D’un point de vue positif, l’industrie de la viscose peut contribuer au développement économique des régions productrices en créant des emplois et en apportant des investissements. Cependant, pour que ces avantages soient durables, il est crucial que l’industrie opère de manière éthique et responsable, en assurant des conditions de travail décentes, en protégeant l’environnement local, et en contribuant positivement à la communauté.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA VISCOSE DE BAMBOU
Les Avantages de la viscose :
- Douceur et confort : La viscose de bambou est extrêmement douce, ce qui la rend très confortable à porter, surtout pour les peaux sensibles.
- Respirabilité et absorption de l’humidité : Contrairement à certaines autres fibres synthétiques, la viscose de bambou est plus absorbante et respirante, ce qui la rend idéale pour les vêtements dans des climats chauds ou pour ceux nécessitant une bonne gestion de l’humidité comme les sous-vêtements.
- Respect de l’environnement (matière première) : Le bambou en tant que tel est une ressource renouvelable qui cumule de nombreux points positifs. Si des solutions sont trouvées pour les procédés chimiques, que les forêts sont gérées durablement et que la production est éthique, alors cette matière serait une super alternative aux matière synthétiques comme le polyester.
Les Inconvénients de la viscose :
- Faible isolation thermique : Comme la viscose classique, la viscose de bambou ne retient pas bien la chaleur, ce qui la rend moins adaptée aux vêtements d’hiver ou dans les climats froids.
- Durabilité limitée : La viscose de bambou, bien que douce, peut s’user plus rapidement au fil des lavages, surtout si elle est mal entretenue ou si elle est de mauvaise qualité.
- Transformation chimique : Même si le bambou en tant que matière première est intéressante sur le plan écologique. Le processus de transformation pour obtenir la viscose utilise des produits chimiques comme la soude caustique et le disulfure de carbone, ce qui soulève des questions environnementales si les procédés ne sont pas bien contrôlés.
La viscose de bambou coïncide-t-elle avec la mode éthique ?
La viscose de bambou, malgré ses divers avantages, nous confronte à des dilemmes environnementaux et éthiques qui ne peuvent être ignorés. La production de ce textile, implique des processus qui peuvent être lourds pour notre planète et poser des risques sérieux pour les travailleurs.
Cependant, en tant que consommateurs nous avons notre part de responsabilité. En choisissant des alternatives durables comme le Tencel, qui intègre une gestion des produits chimiques fermée, permettant même d’en réutiliser une partie. Nous vous conseillons de choisir des produits certifiés (FSC ou PEFC pour les viscoses).
Chez Saobio, nous considérons que les viscoses peuvent être des alternatives intéressantes car elles offrent des propriétés techniques proches des fibres synthétiques. En contrôlant de A à Z et en implémentant des nouveaux procédés moins gourmands en produits chimiques. Il est envisageable que les viscoses soient des solutions intéressantes.
Sur notre boutique en ligne, nous proposons des vêtements et sous vêtements fabriqués en viscose de bambou ou en Tencel. Mais nous devons avouer que les procédés chimiques et dérivent nous inquiètent. C’est ce pourquoi nous tendons à en proposer le moins possible, voir plus du tout si nous n’avons pas de garanties fiables ou une équipe plus grande et plus de moyens pour pouvoir vérifier davantage. Nous vous conseillons de privilégier des fibres naturelles comme le coton bio, le lin et le chanvre !