Entre l’océan Pacifique Sud et la ceinture volcanique centrale des Andes s’étend le désert d’Atacama, l’une des régions les plus arides de la planète. Mais au-delà de ses dunes ocre et de ses sommets volcaniques, un phénomène alarmant se dessine : des montagnes de vêtements abandonnés, symboles d’une industrie de la mode en pleine dérive.

Sommaire
Le Chili : plaque tournante du textile de seconde main
Chaque année, jusqu’à 59.000 tonnes de vêtements arrivent au port d’Iquique, à 1.800 km au nord de Santiago. Cette pratique, qui dure depuis une quarantaine d’années, a fait du Chili un acteur majeur du commerce de vêtements de seconde main. Cependant, sur ces 59.000 tonnes, seules 20.000 circulent effectivement sur le continent. Le reste, soit près de 39.000 tonnes de vêtements invendus et indésirables, finit par être transporté dans le désert d’Atacama.
La fast fashion : catalyseur d'une surproduction massive
La fast fashion est au cœur de cette problématique. Selon une étude de la Fondation MacArthur intitulée « A new textiles economy: Redesigning fashion’s future », la tendance à la surconsommation textile s’est fortement accentuée au cours des 15 dernières années. L’augmentation de la demande de textiles par une classe moyenne montante, couplée à l’émergence du phénomène de la fast fashion, a entraîné un doublement de la production de vêtements sur la même période, d’après un rapport de l’ONU.
Ce modèle économique, basé sur le renouvellement rapide des collections et des prix attractifs, encourage une consommation excessive et éphémère. Les vêtements, conçus pour être portés peu de temps, finissent rapidement dans les circuits de seconde main ou, pire encore, dans des décharges comme celle du désert d’Atacama. Cette surproduction alimente un cycle insoutenable, où la quantité prime sur la qualité et la durabilité, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement.

Un système commercial opaque
Les importateurs se débarrassent discrètement de ce qui ne peut être revendu, évitant ainsi toute traçabilité. On estime que plus de la moitié des vêtements importés finissent dans le désert. Cette situation est favorisée par un système d’importation peu taxé depuis les années 70, permettant l’afflux massif de textiles.
Les conséquences environnementales
Un problème qui s'amplifie
Des initiatives locales face à l'ampleur du problème
Un système à repenser
Cette situation soulève également des questions sur le système de dons de vêtements que nous connaissons tous. Les bonnes intentions des donateurs peuvent parfois avoir des conséquences inattendues et dévastatrices à l’autre bout du monde.
Le désert d’Atacama est devenu le symbole d’un système de consommation à repenser. Entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux, la solution à ce problème complexe nécessitera une prise de conscience collective et des actions concrètes à tous les niveaux de la société. Il est urgent d’inverser cette tendance et de transformer l’industrie textile en un système qui respecte les limites de la planète et les besoins des consommateurs.
Des solutions existent
Face à ce constat alarmant, la mode éthique émerge comme une alternative prometteuse. Cette approche privilégie la qualité sur la quantité, la durabilité sur l’éphémère, et l’éthique sur le profit à court terme. Les marques de mode éthique s’engagent à utiliser des matériaux durables, à assurer des conditions de travail équitables, et à minimiser leur impact environnemental. Elles encouragent également les consommateurs à acheter moins mais mieux, à privilégier des pièces intemporelles et à prendre soin de leurs vêtements pour prolonger leur durée de vie.
Des initiatives comme l’upcycling, la location de vêtements, ou encore les vide-dressings participent à cette économie circulaire de la mode. Bien que la mode éthique ne soit pas une solution miracle, elle représente un pas important vers un système plus responsable.